24 fois par secondes : Part II
Pour une meilleure compréhension de cet article, il est recommandé de lire le précédent auparavant.
Les plus attentifs d'entre vous auront constatés que je n'ai toujours pas répondu à l'interrogation qui m'a poussé à entamer cet article sur la Stop Motion. A savoir, pour quelles raisons nous émerveillons-nous encore devant des effets spéciaux qui, aux regards de ceux d'aujourd'hui, semblent bien rudimentaires? Aprés le bref exposé technique du précédent article, vous n'avez pas déjà une idée? Je vous laisse encore chercher dans ce cas...
Historique trés linéaire...
Si l'on considére l'image par image comme une technique consistant à animer la représentation d'un personnage, humain ou non, alors celle ci est née en 1834, grace au mathématicien Britannique William George Horner, qui créa le zootrope. Son principe en est de tapisser l'intérieur d'un cylindre d'une série d'images montrant la décomposition d'un mouvement.
Georges Mélies (au centre et à gaucche, grace à la technique de la double exposition.), dans "L'homme à la tête de caoutchouc", datant de 1901.
Mais tout génie qu'il était, c'est à un accident de tournage qu'il doit le tout premier truquage, qu'il appellera "truquage par substitution". Alors qu'il filmait un omnibus Place de l'Opéra, à Paris, sa caméra rudimentaire se bloque. Il lui faut plusieurs minutes pour remettre la caméra en action. Mais en lieu est place de l'omnibus se trouve un corbillard! Qu'elle ne fut donc pas sa surprise de voir, aprés dévellopement de la péllicule, un omnibus se transformant en corbillard, et les hommes en femmes. De ce tout premier effet spécial découlera tout les autres, et notament la Stop Motion.
Bien qu'en Anglais, ce documentaire retraçant la carriére de Geoges Mélies comporte de nombreux documents d'époques, d'extraits de films, et démontre l'héritage technique laissé par ce génie.
Néanmoins, une contreverse subsiste quant aux origines du "truquage par substitution". En effet, l'Américain Alfred Clark, des studios Edison, se sert du dit trucage un an avant Mélies, dans le film "execution of Mary, Queen of Scots". Mélies ne s'apesanti pas sur ce "truc" révolutionnaire, qui lui aurait permis d'étre un fondateur de l'animation image par image. Cette technique est pour lui beaucoup trop lente et fastidieuse à réaliser. Il ne se servira jamais de ce procédé comme moyen d'expression, l'utilisant uniquement comme effet spécial lui permettant les délires les plus fous.
Et ainsi, c'est au U.S.A, en 1897, que la compagnie Vitagraph produit le premier court métrage entiérement en "stop-motion", "humpty dumpty circus"!
Angleterre, Etats Unis, Espagne...De partout, la technique de l'animation image par image gagne des adeptes. Mais c'est de Russie qu'est originaire celui qui marquera à tout jamais cette époque de pionniers...
Ladislas Starevitch, Directeur du museum d'histoire naturelle de Kovno, décide de filmer un pugilat entre deux scarabées durant la période des amours. La lumiére nécessaire à éclairer les insectes les figes dans une parfaite immobilité. Pour contourner le probléme, Starevitch utilise deux scarabées naturalisés qu'il anime image par image. Ainsi naît en 1910 "Lucanus Servus". Aprés avoir réalisé quelques films dans son pays, Starevitch le quitte pour s'installer à Paris, en 1919. Il y réalise une bonne vingtaine de films, dont certains provoquent encore l'émerveillement des spectateurs. Comme avec "le Roman de Renard"(1930), tout premier long métrage d'animation en volume. Ce film, d'une qualité exceptionnelle, comporte parfois des plans comprenant jusqu'à 70 personnages animés!! On comprend pourquoi Starevitch a dù passer 5 ans à sa réalisation.
Trop court extrait du "Roman de Renard" de Ladislas Starevitch. Admirez la fluidité de la gestuelle des personnages, qui ont bien peu à envier aux films d'animations actuels.
Pendant ce temps, à San Francisco, un jeune homme du nom de Willis o'Brien s'appréte à révolutionner le monde du divertissement sur pellicule...
Le futur concepteur du roi Kong est né en 1886, en Californie. Passionné dés le plus jeune age par les chevaux, il néglige les études aux profits de travaux dans les ranchs. D'un tempérament indépendant, il quitte la maison familliale à 13 ans. Il passe de petits métiers à petits métiers, pour des salaires de miséres.Le déclic qui marquera les origines de sa future carriére se passe alors qu'il est guide au lac Crater, au service de chercheurs de l'universitée du Sud de la Californie. Ces derniers récoltent des fossiles de dinosaures, initiant le jeune O'Brien au monde préhistorique. Il se passionne immédiatement pour le sujet. A 17 ans, aprés des années de vagabondages, il retourne sous le toit qui l'a vu naître.
En devenant caricaturiste sportif, il se découvre un certain talent artistique. Il devient boxeur, puis machiniste pour les chemins de fer, ou encore employé dans une marbrerie. Et c'est là qu'il réalise, pour tromper l'ennuie, ses premiers personnages animés, deux boxeurs en pâte à modeler. De cet essai rudimentaire, lui vient l'idée de fabriquer des personnages souples. Naissent ainsi un dinosaure et un homme préhistorique, en argile sur structure bois. il les fait évoluer dans un mini décor, constitué de quelques pierres. Malgré sa durée de 80 secondes et un résultat approximatif et imparfait, il retient l'intéret de Herman Webber, exploitant de salle et producteur de films. Fin 1917, il propose 5000 dollars au jeune O'Brien pour qu'il réalise un remake plus soigné de son bout d'essai. "The dinosaur and the missing link" débute la carriére professionelle de Willis O'Brien.
Premiére partie du court métrage qui lança la carriére de Willis O'Brien.
Herman Wobber trouve un distributeur pour ce premier court en la personne de Thomas Edison. Celui ci, emballé par le résultat, lui en commandes dix autres d'une durée moyenne de huit minutes. La voie de O'Brien est toute tracée. En 1918, alors agé de 32 ans, O'brien collabore avec Herbert Dawley, ancien major millitaire, scupteur et producteur, qui lui propose 3000 dollars et trois mois de délais pour tourner les effets spéciaux de "the ghost of slumber mountain". Cette fois, des acteurs humains participeront, bien que n'apparaissant jamais dans les plans où figurent les dinosaures animés par O'Brien. Ce court métrage témoigne d'un net progrés dans la technique de ce dernier. Mais sitôt le travail livré, il se voit spolié par un Dawley sans scrupule. Le malfrat pratique des coupes sauvages sur le film; le faisant passer de 45 à 16 minutes. De plus il déclare à la presse étre le seul responsable des effets spéciaux du film, en "oubliant" même de citer Willis O'Brien au générique.
Mais la profession n'est pas dupe de la supercherie. Parmi eux, le producteur Watterson R. Rotacker, permet à O'Brien de réaliser son réve: Passer au long métrage. Commence alors en 1923, le tournage du "monde perdu" de Harry O'Hoyt, d'aprés Sir Arthur Conan Doyle.
Condensé du "monde perdu", sous forme de bande annonce. Le budget confortable du film permet à O'Brien de faire interréagir dans le même plan humains et dinosaures, notamment grace à la technique du cache contre cache. Certains plans du métrage préfigurent le film qui changera la face du cinéma fantastique: King Kong!
Bande annonce originale de King Kong.
King Kong fut pour O'Brien un formidable terrain d'expérimentation technique diverses. Comme lorsque l'équipe eu la surprise de voir lors de la projection des scénes à effets spéciaux des fleurs naturelles inclusent dans le décors miniature fleurir à vue d'oeil! Les primevéres miniatures utilisées pour ce décor s'étaient mises à pousser sous la chaleur des projecteurs. Les prises de vues en image par image étant tellement lentent, que personne ne s'est rendu compte de ce phénoméne. L'équipe dù retourner entiérement la scéne, en substituant les fleurs naturelles par des factices.
Dés sa sortie en 1933, le film fut une succés retentissant. L'animation de Kong étant tellement réussit, que longtemps le public et la presse, cru qu'il s'agissait d'un acteur en costume. A cette époque, un technicien en effets spéciaux devaient attendre longtemps une quelconque reconnaissance de son travail, tant il est vrai que les meilleurs effets sont ceux que l'on ne remarque pas!
Marcel Delgado conçu 5 Kongs, dont 2 mesurants 45CM, pour 5KG. Les muscles sont en caoutchouc mousse recouvert de coton, la peau est en latex et les poils proviennent de lapins naturalisés. Pour certains gros plans, Marcel et Victor Delgado durent fabriquer certaines parties du corps du gorille en taille réelle! Ainsi, un buste animé fut créé, ainsi qu'une main et un pied. Les cris de Kong sont issus de rugissements de lions et de tigres, diffusés à l'envers et au ralenti.
King Kong eu tant de succés, que la RKO en commanda une suite dans la foulée. pour O'Brien, "le fils de Kong" restera un trés mauvais souvenir. Le budget limité bride ses idées, et un scénario enfantile incite O'Brien à se détacher du film, déléguant le travail à ses assistants. Peu de temps aprés Meriam C. Cooper lui propose la supervisation des effets du films catastrophe "Les derniers jours de Pompéi". Point d'animation image par image dans cette superproduction. Mais une magnifique éruption volcanique du Vésuve, enfouissant Pompéi sous la lave et la cendre. Le film reste encore aujourd'hui une référence dans le domaine des catastrophes naturelles sur grand écran.
3 photogrammes tirés de "Les derniers jours de Pompéi" de Ernest B Schoedsack, dont le début de l'éruption du Vésuve.
Puis vint une trés longue période de projets avortés et de frustration. Notamment avec "War Eagles", narrant l'histoire de Vikings, vivants sur une île coupée du monde, chevauchants des aigles géants! Lorsque la seconde guerre mondiale éclata, Meriam C.Cooper fut appellé sous les drapeaux, et le projet "War Eagles", bien que trés avancé, fut abandonné. C'est pendant la préproduction du film qu'O'Brien reçu la visite d'une jeune homme passionné par le travail du grand Maître. Ses bobines d'essais et ses figurines démontrérent chez lui un tel talent que O'Brien l'embaucha comme assistant lorsque en 1946 Cooper lui proposa un film avec de nouveau un singe géant. Ce jeune homme talentueux se nommait...Ray Harryhausen. "Mighty Joe Young", version soft de King Kong, soudera leur amitié indéfectiblevaudra à O'Brien un oscar bien mérité!
Cette scéne, révélant pour la premiére fois Monsieur Joe, a été intégralement prise en charge par Harryhausen dans son ensemble. Elle lui value un mois de travail intensif. Marcel Delgado fabriqua six figurines du gorille. Quatre de 45cm, une de 25cm, et une derniére de 15,5cm pour les plan larges. Chaque figurines comportaient 150 points d'articulations. Cette fois le pelage du gorille provient de fourrures d'agneaux morts-nés, enduit de latex. Cette option évita de laisser les empreintes des doigts des animateurs sur le gorille, contrairement à la fourrure de lapin du roi Kong.
La joie d'O'Brien de reconstituer le trio gagnant de "King Kong" est bien vite atténuée lorsque Cooper rejeta nombres de ses idées et concepts. En effet, O'Brien désire entre autre inclure d'autres créatures dans cette histoire contant l'amitiée entre un gorille de 4 métres et une jeune fille nommée Jill Young, vivant en Afrique avec son pére. Ainsi fut refusée l'idée d'un second gorille, qui aurait permit à l'animateur de génie de mettre en images quelques belles scénes de combats entre primates. A ces frustrations viennent se rajouter les tracasseries des syndicats. Alors qu'il travaillait avec son équipe réduite, mais au combien efficace, de 6 à 7 personnes, O'Brien se voit contraint et forcé d'embaucher jusqu'à 50 techniciens! Ce qui bien entendu à pour effet de faire exploser le budget, et compromet grandement la rentabilitée du film, ainsi que le rendement de la petite équipe d'origine. Ne pouvant plus assumer l'intégralité de l'animation, O'Brien en délégue la quasi totalité à Ray Harryhaussen, ainsi qu'à Marcel Delgado.
Malgré son coût exorbitant et la longeur de sa production(3 ans, dont 14 mois consacrés aux effets spéciaux!), "Mighty Joe Young", permet à O'Brien de remporter un Oscar des effets spéciaux en 1949. Oscars bien mérité, car de nombreuses scénes relévent de la prouesse technique. Malgré toute ses qualités, le film ne remportera en finalité qu'un demi succés. Et bien qu'Oscarisé, la période "post Joe Young" sera jonchée de déceptions, projets avortés et autres faux départs. Tout ses projets personnels se verront refusés. Et c'est durant cette période difficile que son éléve, Ray Harryhaussen quitte son mentor pour voler de ses propres ailes.
Celui ci deviendra vite superviseur d'effets spéciaux. L'enseignement du maître a porté ses fruits. Maître qui continu d'accumuler les coups du sort: Cooper fait de nouveau appel à lui pour superviser une version Cinérama (technique permettant de filmer avec trois caméras simultanément, triplant ainsi le volume de l'image, projetée sur trois écrans accollés.) de leurs grand succés, "King Kong"!Mais le sort s'acharne: Le technicien chargé d'adapter les fameuses trois caméras à l'image par image, meurt, foudroyé par une crise cardiaque. Le projet est alors purement et simplement enterré! Mais il faut plus pour abattre l'animateur d'origine Irlandaise.




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