24 fois par secondes : Part I
"Mais pourquoi donc se sent-on toujours aussi ému et émerveillé devant ces vieilleries?". C'est la question qui jaillit de mon esprit perturbé lors de mon 245éme visionnage du "King Kong" version 1933. Bien entendu, l'utilisation de la technique de l'image par image en est la raison la plus évidente.Car Cette technique d'animation, bien que supplantée depuis plus de 10 ans en tant qu'effet spécial par l'image de synthése, garde toujours les faveurs du public. Alors que nous sommes des plus critiques et toujours plus exigeants vis à vis des effets spéciaux numériques, nous accordons la plus grande indulgence à cette technique d'une époque révolue. La raison de cet attachement est peu étre à chercher au plus profond de nous...
Quelques films incluants des effets spéciaux utilisants la technique de la Stop Motion à plus ou moins grande échelle.
Historique non linéaire:
1925 : Sort sur les écrans américains "The Lost World", réalisé par Harry O.hoyt. Joli succés populaire, succés en partie dû aux effets spéciaux de Willis O'Brien. Grâce à la technique de l'image par image, O'Brien donne vit à moult créatures antédiluvienne, dont un brontosaure, qui à la fin du métrage provoquera la panique dans les rues de Londres. Jamais encore dans la toute jeune histoire des effets spéciaux, la technique de l'image par image n'a été utilisé avec autant d'importance.
1933 : Le même O'Brien anime le roi Kong, dans le film mythique de Merian C.Cooper et Ernest B.Schoedsack, "King Kong". Ce film marquera à jamais la carrière de O'Brien, ainsi que l'histoire du cinéma mondial.
Saut dans le temps...
1982 : Le monde des effets spéciaux subit un bouleversement sans précédent, et paradoxalement dans l'indifférence quasi générale. Les studios Disney produisent le film "Tron", à l'époque l'un de leurs plus gros échecs financiers. Mais l'histoire se chargera de le réhabiliter et d'en faire une oeuvre culte. Le métrage de Steven Lisberger est un film charnière dans l'univers des effets spéciaux. En effet, il comporte, intégrés à des acteurs "live", les premiers engins et véhicules entièrement générés par ordinateur. Ils sont réduit à des formes géométriques des plus basiques, mais le spectacle est là!
"Tron" venait de semer la graine de la révolution digitale...Qui allait entrainer à terme la disparition de la Stop Motion en tant qu'effet spécial.
Mais la route était encore longue avant que les sfx (special effect in english...) numériques monopolisent presque tous les autres. Et en cette ère "post-Tronienne", les personnages hors normes et créatures fantasmatiques avaient une pallette de techniques pour prendre vie sur grand écran. Parmi celles-ci, nous avons l'acteur en costume (la série des "Godzilla"...), la marionnette à tiges et à mains ("Dark Crystal", le "Muppet show"...), à fils (les "thunderbirds", "Captain Scarlett"...), l'animatronique(contraction d'Animation et d'Electronique. les dinosaures non digitaux des "Jurassic Park", et tous les personnages animés des parcs à thèmes...), et, bien entendu, la Stop Motion, plus communément appelée l'image par image.
le choix de l'une ou l'autre technique, souvent complémentaire, était imposée par l'apparence de la créature et de ce qu'elle devait accomplir lors de ses scènes. Par exemples, pour qu'un T Rex s'anime de façon crédible, on pouvait opter soit pour l'animatronique, soit pour la Stop Motion. Mais pour que celui-ci gambade gaiement dans les vertes prairies en dévorant au passage quelques herbivores qui n'en demandaient pas tant, l'image par image était inévitable.
Un zeste de technique voulez vous?
Cette technique nécessite une dose infinie de patience et de rigueur. En effet, elle consiste à animer une figurine dotée d'un squelette aux articulations plus ou moins complexes, en modifiant de façon régulière et subtile sa pose précédente. Aprés chaque modification, la caméra avance d'un photogramme, et d'un seul! Sachant qu'une seule seconde de film équivaut à 24 images, soit 24 changements de poses, cela vous laisse entrevoir la somme de travail à accomplir pour obtenir ne serait-ce qu'une heure de métrage.
De plus, si au cours d'un plan, le personnage venait à tomber, ou le décor à bouger, le manipulateur n'aurait d'autre solution que de recommencer, car au visionnage, le moindre décalage provoquerait un saut dans l'image, et le charme serait rompu. Bien entendu, l'expérience aidant, les animateurs ont mis au point des outils et des techniques pour éviter ce genre de désagrément, mais le risque était toujours là, telle une épée de Damoclès. La Stop Motion est le seul effet spécial dont on ne peut découvrir le résultat qu'au court du visionnage. Mais c'est ce qui en fait aussi son charme et sa magie.


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